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PéNiBle

09 01 08 - 13:07.

Et je commence l’année sur une déclaration entendue hier et que je retranscris ici :

« Et c’est avec la même volonté de mettre en œuvre une politique de civilisation que je souhaite engager une réflexion sur les moyens d’échapper à une approche trop quantitative, trop comptable de la mesure de nos performances collectives car si nous restons prisonniers de la vision restrictive du PNB, nous ne pouvons pas espérer changer nos comportements et nos façons de penser. Si les critères, si les indicateurs [reprise du texte] de la richesse restent les mêmes comment allons-nous changer notre façon de produire et notre façon de réfléchir ?
Pour tout changer [petit coup dans le micro], nous avons besoin d’abord de changer nos critères de jugement, nous avons besoin de prendre en compte la qualité et pas seulement la quantité.
Si nous voulons favoriser un autre type de croissance, il faut changer notre instrument [petite défaillance] de mesure de la croissance. Là encore la France veut donner l’exemple en prenant l’initiative de réunir un groupe d’experts [passage lu rapidement] internationaux de très haut niveau pour réfléchir aux limites de notre comptabilité nationale et du PNB et à la meilleure manière de les surmonter pour que la mesure du progrès économique soit plus complète, pour qu’elle prenne mieux en compte les conditions réelles et la qualité de vie des français qui n’en peuvent plus [passage réapproprié] de l’écart grandissant entre des statistiques qui affichent un progrès continu et des difficultés croissantes qu’ils éprouvent dans leur vie quotidienne.
Ca mine la confiance car plus personne ne croit dans les statistiques.
[Prenant un ton sentencieux] Deux prix Nobels d’économie qui ont beaucoup travaillé sur ces questions ont accepté [un silence] de conduire cette réflexion, Amartya Sen a accepté de m’apporter ses conseils et Joseph Stiglitz de présider le comité d’experts.
Je les en remercie, leurs compétences internationales seront extrêmement précieuses pour la définition de ces nouveaux critères.
[Grand soupir de soulagement, ouf c’est passé] »

Alors non ça n’est pas passé et j’aimerais vraiment revenir sur ce pan du discours car la matière qu’elle vise ne m’est pas complètement étrangère.
Il est très étrange dans tout ce verbiage que l’orateur ait pris pour cible le PNB (ou produit national brut) car un économiste pour mesurer la performance utilise le PIB (ou produit intérieur brut). Mais peut-être n’est-ce pas du tout une erreur.

En effet, si l’on veut schématiser, le PNB En France est l’ensemble des revenus de tous les français. Il est calculé tous les ans et sert à des obsédés du chiffre et de la virgule à sortir le top 50 des pays riches. Le PIB sert à mesurer la croissance économique d’un pays en ajoutant toute la création de valeur d’une année. Ce calcul peut être obscur mais il faut se rappeler que l’on paye tous une Taxe sur la Valeur Ajoutée et donc cette valeur ajoutée devient plus facile à cerner.

Tout économiste sait que le PNB ne veut rien dire à lui tout seul et ça n’est pas nouveau, ça date même du collège en quatrième (promotion 1989) où mon prof d’histoire géo M. Fortier semblait plus moderne que mon président actuel.
C’est donc le PIB qui est scruté scrupuleusement par nos économistes de politique chaque trimestre pour nous dire selon l’évolution de ce PIB si nous sommes en train de voir ce chiffre beaucoup augmenter ou faiblement augmenter mais il semble aujourd’hui acquis que ce chiffre ne peut qu’aller de l’avant.
Ne pas avoir utilisé le terme « PIB » ne me semble pas innocent du tout car ce critère ne va justement pas être remis en question.
Pourtant, il m’a été expliqué un peu après mon collège les conséquences d’une société obsédée par sa croissance :

1. Il peut y avoir une élévation du niveau de vie.

2. La redistribution des revenus sera plus aisée.

Mais :
1. La croissance ne supprime pas les inégalités

2. La croissance fait naître une nouvelle pauvreté. La croissance des pays de l’Ouest est fondée sur le profit, et pour l’essentiel sur l’économie de marché qui satisfait d’abord les besoins solvables. L’interventionnisme économique en matière de revenus laisse subsister une pauvreté relative : celle qui touche les personnes qui ne bénéficient pas de la qualité de vie connue de la majorité des citoyens.
De plus, la sensibilité à l’inégalité s’accroît dans une société fondée sur la consommation.
Enfin, une partie de la nouvelle pauvreté n’est pas due à la faiblesse des revenus mais à l’existence de multiple handicaps : mauvaise santé, logements insalubres, absence ou insuffisance de formation professionnelle.

3. La croissance privilégie le producteur actif.
Avec le mythe de la croissance et celui de la production, un nouveau clivage apparaît : entre les producteurs et les non-producteurs : inactifs, chômeurs.
L’inégalité est d’ordre financier, mais aussi d’ordre psychologique : se sentir étranger à une société fondée sur la production, une société où l’importance du pouvoir d’achat est fondamental.

4. La croissance suscite des inégalités autres que pécuniaires.
La croissance économique suppose une division des tâches : ainsi apparaît une différenciation entre ceux qui exercent un métier intéressant et ceux qui ne sont que les serviteurs dociles d’une machine.
De plus, la croissance implique la mobilité et la reconversion. De ce fait, un nouveau clivage apparaît entre ceux qui peuvent bénéficier des changements et ceux qui ne peuvent que les subir.


Ainsi tout ceci qui pourrait correspondre au mal-être évoqué n’est pas remis en question.
Ce qui pose problème n’est pas la croissance mais la mesure du revenu selon ce discours.
Pourtant, c’est bien la croissance qui nous pose problème. Je me souviens d’interviews avant les élections de 2007 et j’avais l’impression que toute la France était devenue experte en macroéconomie. Dire qu’il fallait absolument une croissance soutenue pour que les emplois augmentent ne posait de problème à personne. C’est à ce moment que j’aurais bien voulu écouter la démonstration de cette conclusion car elle ne m’est toujours pas évidente.
Sans tomber dans la radicalité de l’économiste François Partant, avec son livre « la fin du développement », qui prône une décroissance, je pense juste que l’économie n’est pas tout, d’ailleurs cette matière au lycée s’appelait sciences économiques et sociales mais même le social se faisait bouffer par l’économique pendant les cours.
Faire corriger l’évaluation de la richesse à travers le PNB par des économistes, cela reviendra à substituer des critères par d’autres mais lire « La Misère du Monde » de Pierre Bourdieu pourrait être très instructif pour tout partisan du bien-être social. En effet, c’est un livre dont les seuls chiffres sont ceux de la numérotation des pages par contre il y a des dizaines de catégories socioprofessionnelles qui y sont interrogées sur leurs difficultés, sur leurs façons de vivre au quotidien et sur leurs aspirations. Ca vaut tous les thermomètres économiques qui finissent souvent par blesser l’endroit sondé.

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